Depuis fin novembre 2025, un nouveau four céramique est venu remplacer notre ancien four. Dans un atelier céramique, le four est l’élément principal et le plus important, c’est donc pour nous un changement majeur ! Dans cet article, on va vous raconter comment tout ça s’est déroulé !
C’est parti !
Notre ancien four
Avant de parler de ce nouveau four, on va commencer par parler de notre ancien équipement.

Notre ancien four
Il s’agissait d’un four à gaz de la marque française Enitherm et fabriqué en 2004. Il marchait encore très bien et on l’utilisait environ deux fois par semaine depuis son installation (on réalise à l’atelier en moyenne une centaine de cuisson par an).
Pour fonctionner, ce four utilise du propane issu d’une cuve à l’extérieur de notre atelier. Il avait deux bruleurs, un de chaque côté. En terme de dimensions, ce four faisait en dimensions intérieures 97 cm (largeur) x 87 cm (profondeur) x 78 cm (hauteur) soit un total d’environ 700L. Concernant l’isolation, c’était un four en fibre céramique ce qui permettait d’avoir des cuissons et des refroidissements assez rapide. En temps normal, on allumait notre cuisson au plus tard vers midi, pour atteindre le pic de température vers 18-19h et avoir un refroidissement jusqu’au lendemain matin vers 9h. On avait du coup des cycles de cuissons d’environ 21h, ce qui nous permettait de faire des cuissons tous les jours si besoin.
Pourquoi le changer ?
Si il marchait aussi bien ce four, pourquoi le changer ? Bonne question ! C’était en effet un outil très performant et qui fonctionnait encore très bien, on a pourtant fait le choix de le changer et voilà pourquoi.
La programmation
Dans beaucoup d’ateliers céramique, on utilise des fours électriques pour fabriquer des objets. L’avantage, c’est que ça ne nécessite pas d’installation gaz et surtout qu’on peut programmer son four. On peut en gros dire à notre four ce qu’on veut qu’il fasse en terme de cuisson : à quel vitesse la température doit monter, en combien de temps et à quelle vitesse il doit descendre en température, si on a envie de faire des paliers, etc ...
Tout ces paramètres forment ce qu’on appelle la « courbe de cuisson ». Il suffit donc de programmer notre courbe de cuisson et d’appuyer sur « Démarrer ». Le four va alors faire son boulot tranquillement et nous on peut aller au lit ou faire la fête. Chaque courbe de cuisson va donner des résultats différents sur les pièces finales.
Notre ancien four ne permettait pas de le programmer, il fallait donc faire tout à la main. Cela veut surtout dire que nous devions être présent à l’atelier pendant toute la durée de la cuisson (ou au moins pendant la montée en température). Du coup avec cet ancien four, on devait toutes les 30 minutes aller tourner une valve et changer un réglage pour que la température monte à la vitesse souhaitée. Sachant que la montée en température durait entre 6h et 9-10h suivant le type de cuisson, ça devient vite un peu long… Rajouter à ça le bruit du four dans l’atelier quand il est en marche, vous comprendrez que un four programmable que l’on peut lancer la nuit, c’est quand même plutôt pas mal.

Tourner des valves toutes les 30 minutes pendant les cuissons, notre quotidien pendant 10 ans.
L’économie d’énergie
Autre avantage d’un nouveau four, sa consommation en énergie. Même si l’ancien four était performant, il est certain que depuis sa fabrication en 2004, des progrès on été fait en terme de matériaux. Les fours plus récents sont beaucoup mieux isolés, ce qui permet de réduire la consommation en gaz à chaque cuisson. Ca allège nos factures et c’est mieux pour l’environnement.
Trouver un nouveau four
Vous l’aurez compris, les deux principaux arguments pour chercher notre nouveau four étaient les suivants :
- Avoir un four programmable
- Avoir un four plus économe en énergie
C’était donc parti pour la recherche !
Gaz ou électrique ?
Comme on partait sur un nouveau matériel, le choix du type d’énergie utilisé pour le four pouvait se poser. On a vite tranché la question. Un four électrique est souvent un peu moins cher à l’achat mais par contre il nécessite plus d’entretien sur le long terme. Au bout d’un certain temps, il faut changer les résistances qui servent à le chauffer.
Un four à gaz est donc plus cher à l’achat et à l’installation mais on avait déjà la citerne et toutes les installations nécessaires pour le gaz comme notre ancien four était à gaz. Autre élément important, un four à gaz permet de faire des cuissons en réduction. Cela consiste à changer l’atmosphère à l’intérieur du four en jouant sur la quantité d’air envoyé dans le four. L’oxygène présent dans l’air sera utilisé lors de la combustion du gaz, si on en laisse moins rentrer dans le four, on aura des réactions chimiques différentes lors de la cuisson. La cuisson en réduction permet d’atteindre des émaux différents et certaines argiles vont aussi changer de teinte. C’est quasi impossible à faire dans un four électrique, le four à gaz permet donc une gamme un peu plus large d’effets.
Pour ces différentes raisons, on n’a donc pas hésiter longtemps avant de choisir de rester sur un four à gaz.
C’est parti pour la recherche !
Avec ces différents critères, on a donc commencé nos recherches. On avait aussi comme souhait de pouvoir conserver nos plaques d’enfournement actuelles. Il s’agit de plaque en carbure de silicium (voir l’article détaillé ici) qui ont un certain coût, on voulait donc pouvoir les conserver dans ce nouveau four.
Après pas mal de recherches, on a fait le choix de travailler avec la société Blaauw Kilns qui est installée en Hollande. Ils ont l’avantage de fabriquer des fours à gaz, uniquement sur mesure. C’est une petite structure d’une dizaine d’employés mais assez à la pointe sur le plan technologique. Après pas mal d’échanges, on a donc passé commande de ce nouveau four avec eux en janvier 2025.

Comme ce nouveau four est sur mesure, on a pu leur demander la taille précise que l’on souhaitait, ça nous a permis de réutiliser :
- Nos plaques d’enfournement de l’ancien four
- Notre système de chargement avec un tire palette pour charger les pièces sur un support à l’extérieur du four
On peut lors de la commande définir le nombre de bruleurs, leurs positions, la largeur, longueur, hauteur du four, la méthode de chargement (avec rail, paroi basse amovible, réutilisation d’un système existant, …), le sens d’ouverture de la porte, etc… Tout est personnalisé ce qui est assez impressionnant.
Livraison et installation
Il a fallu être patient ! Comme on l’a écrit plus tôt, Blaauw Kilns fabrique des fours uniquement sur mesure, chaque projet est donc unique et le temps de fabrication est du coup assez long ! On a pu recevoir notre four en novembre 2025 soit 10 mois environ après la commande, un peu plus long qu’un bébé quoi !
Quelques caractéristiques de ce nouveau four :
- Four en fibre céramique assez léger
- La fibre intérieure est recouverte d’un revêtement isolant à base de zirconium pour une efficacité énergétique maximale
- Volume intérieur de 1100 L (contre 700 L pour l’ancien)
- Système de contrôle et de programmation via un ordinateur tactile
- Accès et contrôle à distance via Internet
- Cycles de cuissons raccourcis
- Compatible avec d’autres sources d’énergies comme l’hydrogène et le biogaz via des ajustements mineurs des bruleurs.
Installation
Pour l’installation du four, il a fallu le décharger et l’installer dans l’atelier. Vu le gabarit et le poids, ça n’a pas été une mince affaire mais on s’en est sorti. Il a également fallu adapter le raccordement gaz à ce nouveau four mais là aussi les choses se sont faites assez simplement.

L'arrivée du nouveau four dans l'atelier, ça rentre pile poil
Pendant 4 jours, un technicien de Blaauw Kilns était présent à l’atelier pour effectuer toute la configuration assez complexe de cette machine. Il est en effet nécessaire d’ajuster les réglages par rapport aux niveaux de pression de notre installation gaz. On a également pu faire ensemble une première cuisson de test pour voir comment le four se comporte.
Au final entre le démontage de l’ancien et l’installation du nouveau four, nous avons eu une coupure d’une semaine ce qui est vraiment correct, ça nous a permis de pas prendre trop de retard, surtout que le tout s’est passé fin novembre, période assez critique pour nous avec l’arrivée des fêtes de fin d’année.


Le nouveau four installé dans l'atelier
Un nouveau jouet à l’atelier !
Le four est maintenant installé à l’atelier depuis presque 6 mois au moment ou on écrit ces lignes, on commence donc à avoir un peu de recul sur tout ça. Ce nouvel outil a apporté beaucoup de changement sur notre manière de travailler, petit bilan après 6 mois d’utilisation.
La programmation
Pour programmer le four, on a donc un ordinateur tactile qui est sur le côté du four. L’interface est assez intuitive et permet de définir précisément nos cuissons. On a pour créer nos courbes de cuissons, un nombre infini de segments disponibles et on peut aussi enregistrer autant de programmes que l’on veut.

L'interface permettant de créer les programmes avec autant de segments que l'on veut
Autre fonctionnalité assez intéressante, on peut décider de lancer un programme avec un délai. Ca nous permet par exemple si on fini de remplir le four en matinée, de définir un lancement de cuisson que vers 18h après notre départ de l’atelier. C’est pas grand-chose mais ça permet de se libérer la tête et de ne plus avoir à y penser. Sinon il faudrait à 18h, retourner vers le four et l’allumer, ce qui pourrait assez facilement être oublié.
Cycle court
Un des arguments commerciaux de Blaauw Kilns, est le fait de pouvoir faire des cycles de cuissons assez court. Et bien on peut confirmer que c’est bien le cas. Désormais, on allume nos cuissons vers 18h, et on est en mesure de défourner vers 9-10h le lendemain matin, que ce soit pour des cuissons biscuits ou des cuissons en haute température. Ca nous fait des cycles d’environ 16h ce qui pour un four aussi grand est assez top. On pourrait potentiellement allez plus vite, mais il faut aussi que la terre et les émaux supportent des montées aussi rapides.
L'interface permettant de suivre la cuisson (ici une cuisson haute température). On a en rouge et bleu la programmation, et en jaune ce que le four a fait.
On a aussi pour habitude pour nos biscuits, de lancer un préchauffage (aussi appelé bassinage ou étuvage) avant nos cuissons biscuits. L’idée est de monter le four à 130°C et de le laisser chauffer pendant 2h, ça nous permet de lancer dans la soirée notre cycle de cuisson biscuit et de n’avoir pas de casse liée à des pièces pas bien sèches qui exploserait en chauffant trop vite.
Le bruit
Gros gros avantage pour nous ! Et pourtant on n’en avait pas véritablement conscience ! Depuis que nous lançons toutes nos cuissons la nuit ou le week-end, on a beaucoup, beaucoup moins de bruit dans l’atelier dans la journée.
Je pense qu’avec les années, on n’avait plus forcément conscience que ce bruit de fond constant était assez épuisant nerveusement. De la même manière, allez manuellement augmenter le gaz du four toutes les 30 minutes, c’était aussi une charge mentale en plus pour nous.
Maintenant tout ça est fini. On a même parfois l’impression qu’il manque quelque chose ou bien qu’on a oublié de faire un truc !
Contrôle à distance
Un des autres avantages de ce nouveau four est que l’on peut suivre la cuisson à distance, et même agir et modifier le programme en cours si nécessaire. Ca nous a été utile pendant ces premiers mois parce que forcément, il y a fallu apprivoiser la nouvelle machine. Avec le temps je ne suis pas certain que ça nous servira beaucoup quand nos programmes seront bien rodés, mais pour l’instant c’est assez tentant au petit déjeuner de vérifier que le four a bien travaillé toute la nuit.
L'interface d'accès à distance, il faut juste être à l'aise avec l'anglais
Les paliers de cuisson
Grâce à ce nouveau four, il nous est désormais possible de définir précisément nos courbes de cuisson. Avant, comme tout était manuel, on devait tout opérer à la main et une fois la température visée atteinte, le four se coupait automatiquement à l’arrêt. Maintenant à l’inverse on peut si on le souhaite faire des paliers une fois la température atteinte mais également faire des paliers lors de la descente de température. Cette possibilité nous donne accès à des effets d’émaux qui étaient avant inatteignable pour nous comme par exemple les cristallisations.
On n’a pas encore pris le temps de s’y intéresser vraiment mais c’est sympa de se dire que si on en a envie, on peut désormais tenter le coup.
Prise en main
Comme indiqué précédemment, comme il s’agit d’un nouveau four, il a fallu le prendre en main et il y a forcément eu un petit temps d’adaptation. Au niveau des cuissons biscuits, on a eu aucun soucis, tout s’est fait facilement. Pour les cuissons haute température, on a eu par contre des petits ratés.
En oxydation, on a dès le départ réussi à ressortir les mêmes couleurs de nos émaux ce qui est plutôt chouette. On a par contre eu des problèmes de four qui se coupent lors de la descente en température ce qui arrêtait le refroidissement. Résultat on avait au départ des cuissons beaucoup plus longues. Ce problème venait d’une mauvaise configuration de nos programmes lors de la descente en température. On a tout cas apprécié le SAV très pro et réactif du fournisseur du four. On aurait peut être par contre apprécié d’avoir une notice d’utilisation avec le four ce qui n’a pas été le cas ! On a eu droit à une formation de quelques heures mais c’est vrai que souvent les questions arrivent après.
Pour les cuissons haute températures en réduction, on a un peu plus galérer. Lors de nos premiers tests, la réduction n’était pas assez forte. Résultat, nos émaux rouge de cuivre qui devaient sortir rouge du four, étaient turquoise après cuisson… C’est beau le turquoise aussi mais bon ! Après plusieurs essais, on a fini par réussir à avoir une réduction assez forte et des résultats fidèles à nos attentes. C’est l’effet pervers des fours de Blaauw qui sont fabriqués sur mesure, ils sont par définition tous différents et il faut donc expérimenter pour obtenir le résultat souhaité. En plus il s’agit de convertir nos habitudes avec un ancien four vers une nouvelle machine ce qui implique forcément du test.
Conclusion
Vous l’aurez compris, on est plutôt très satisfait de ce nouveau four. Il répond vraiment à tous les critères que nous nous étions fixés. Depuis que nous l’utilisons, on a pu gagner en confort de travail de manière très importante. Le fait de pouvoir lancer nos cuissons de nuit à modifier nos méthodes de travail, avant on se dépêchait d’enfourner avant midi, on a désormais plus de temps et aussi moins de bruit avec les cuissons de nuit.

Devant notre nouveau four!
Concernant la promesse d’économie d’énergie, on a pas encore assez de recul pour le dire. Nous chauffons aussi l’atelier avec un chauffage au gaz, notre consommation ne dépend donc pas uniquement des cuissons dans le four. On pourra voir après un an et surtout en observant les mois d’étés si la consommation est vraiment plus faible par cuisson.
Avoir un nouveau matériel est aussi très enthousiasmant car ça donne envie de se lancer dans plein de test et d’essais :
- Des pièces encore plus haute avec ce volume utile de plus d’un mètre de haut
- Des émaux différents avec des nucléations ou de la cristallisation
- Et certainement encore pleins d’autres choses !
En espérant que cet article vous aura intéressé, n’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions !
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